La facture continue de grimper pour les joueurs. Selon JP Morgan, les prix de la DRAM auront bondi de 400 % entre 2024 et fin 2026. En cause : les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, qui devraient absorber à eux seuls environ 70 % de la DRAM mondiale cette année. Résultat, cartes graphiques, consoles et ordinateurs portables deviennent plus chers, et les principaux fabricants de mémoire préviennent que la situation ne devrait pas se normaliser avant 2030.
Des cartes graphiques à des prix vertigineux
L’exemple le plus parlant reste la GeForce RTX 5090. Lancée en janvier 2025 avec un prix conseillé de 1 999 dollars, elle se vend aujourd’hui 4 920 dollars au-dessus de ce tarif, d’après le suivi des prix réalisé par Tom’s Hardware. Autrement dit, le haut de gamme de Nvidia s’échange désormais à près de 6 900 dollars, soit plus du triple de son prix officiel.
Le phénomène touche tous les marchés, avec des écarts parfois marqués d’un pays à l’autre. Au Japon, certains GPU de jeu coûtent ainsi environ 41 % de plus qu’aux États-Unis. Plus largement, JP Morgan relève que l’indice des prix des logiciels et accessoires a progressé de près de 25 % en deux ans.
Consoles et PC portables aussi concernés
Le PC n’est pas le seul secteur touché. The Economist a constaté en 2026 des hausses de prix sur les consoles et les ordinateurs portables, accompagnées d’une baisse des livraisons de PC. Aux États-Unis, la PlayStation 5 Pro est proposée par un grand revendeur spécialisé environ 500 dollars au-dessus de son prix conseillé.
Le contexte est d’autant plus sensible que les constructeurs de consoles ont déjà dû composer avec des révisions tarifaires ces derniers mois. Sur ce sujet, vous pouvez relire notre article sur la chute de 37 % des ventes de Switch 2 après sa hausse de prix, qui illustre la sensibilité des joueurs à ces augmentations.
Pourquoi la mémoire manque : l’effet HBM
Le cœur du problème s’appelle la HBM (High Bandwidth Memory), la mémoire à très haut débit utilisée dans les accélérateurs IA. Les fabricants y réorientent leur production, car elle se vend environ 30 % plus cher que la DRAM classique. Or la HBM consomme la même capacité de plaquettes de silicium que la DRAM : chaque plaquette dédiée à l’IA est donc une plaquette en moins pour la mémoire destinée au grand public, celle qu’on retrouve dans les PC, les consoles ou les cartes graphiques.
La transition vers les nouvelles générations HBM4 et HBM4E réduit encore les volumes disponibles. Et la tendance devrait s’accentuer : selon un cadre de Samsung, la HBM pourrait représenter près de 30 % de la production de DRAM en 2027, contre 20 % en 2026. Certains analystes anticipent même une part proche de 40 % en 2029.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Hausse de la DRAM 2024-fin 2026 (JP Morgan) | +400 % |
| Prix conseillé RTX 5090 | 1 999 dollars |
| Surcoût actuel RTX 5090 | +4 920 dollars |
| Part de la HBM dans la DRAM | 20 % (2026), ~30 % (2027), ~40 % (2029) |
Trois fabricants, des carnets de commandes déjà remplis
Le marché est extrêmement concentré : Micron, Samsung et SK Hynix assurent à eux trois environ 90 % de la production mondiale de DRAM. Leurs choix stratégiques pèsent donc directement sur ce que paient les joueurs.
- Micron a cessé l’an dernier ses ventes directes aux consommateurs pour se consacrer à l’IA. L’entreprise aurait déjà vendu 75 % de sa production HBM de 2027, à des prix nettement supérieurs à ceux de 2026.
- Samsung aurait écoulé près de 80 % de sa production mémoire de 2027, dont environ 70 % via des contrats de cinq ans, selon KB Securities.
- SK Hynix, par la voix de son président Chey Tae-won, estime qu’il faudra quatre à cinq ans pour retrouver une offre suffisante, avec un déficit de 20 % jusqu’en 2030.
Les dirigeants du secteur ne cachent pas leur pessimisme à court terme. Sanjay Mehrotra, PDG de Micron, prévient :
« L’offre sera beaucoup plus tendue en 2027 et 2028 qu’en 2026. »
Kwak Noh-jung, PDG de SK Hynix, va plus loin :
« Nous prévoyons que l’an prochain sera la pire année de l’histoire du secteur du point de vue de l’offre. »
Ce que cela change pour les joueurs
Concrètement, la mémoire est devenue un composant stratégique que l’industrie de l’IA paie plus cher que le grand public. Les contrats pluriannuels signés par les fabricants verrouillent une large part de la production des prochaines années, ce qui laisse peu de marge pour une détente rapide sur les cartes graphiques, les barrettes de RAM, les PC portables ou les consoles.
Pour les joueurs au Maroc comme ailleurs, les écarts de prix observés entre pays rappellent aussi que les marchés importateurs peuvent subir l’effet de la pénurie de façon amplifiée. La montée en gamme d’une configuration ou le renouvellement d’une console risque donc de rester coûteux à moyen terme.
Les signaux à surveiller
Toutes les voix ne sont pas aussi sombres. Le PDG d’Acer, Jason Chen, pense que les prix pourraient se stabiliser dès l’an prochain grâce à l’arrivée d’alternatives chinoises bon marché. Par ailleurs, en octobre 2026, un média sud-coréen évoquant une possible surabondance d’offre en 2029 a suffi à faire chuter les actions des fabricants de mémoire, signe que le marché reste nerveux face à un éventuel retournement de cycle.
Plusieurs éléments seront donc déterminants dans les mois qui viennent : la montée en puissance des fabricants chinois, le rythme de la transition vers la HBM4 et la HBM4E, et la poursuite ou non des investissements massifs dans les centres de données IA. Côté consoles, la question se posera aussi pour la prochaine génération : Sony assure que le développement de la PS6 avance comme prévu, mais le coût de la mémoire pourrait peser sur le prix des futures machines.
Source : Engadget




