C’est la fin d’une époque pour le jeu de rôle occidental. BioWare, le studio à l’origine de Mass Effect et de Dragon Age, ferme ses portes, et le développement préliminaire du prochain Mass Effect est interrompu. La direction du studio l’a confirmé dans un communiqué publié en ligne, comme le rapporte GamesRadar+. Cette décision intervient peu après le rachat d’Electronic Arts par des investisseurs privés menés par le Public Investment Fund (PIF) d’Arabie saoudite. Selon Bloomberg, environ 400 personnes seront licenciées dans le cadre de ces nouvelles coupes.
Un communiqué d’adieu après plus de 30 ans d’activité
Actif depuis plus de trois décennies, BioWare a choisi des mots sobres pour annoncer sa disparition. « Écrire ces mots n’a rien de facile », reconnaît le studio dans son communiqué, avant d’ajouter : « Ce que des générations de BioWare ont bâti ensemble mérite d’être célébré et retenu. »
Le communiqué confirme également l’arrêt du prochain Mass Effect, qui n’en était encore qu’à un stade préliminaire de développement. Pour les fans qui attendaient le retour de la saga de science-fiction, la nouvelle est d’autant plus dure qu’aucune autre équipe n’est mentionnée pour reprendre le projet.
Un héritage qui dépasse Mass Effect et Dragon Age
Si le grand public associe surtout BioWare à ses deux grandes séries maison, le studio a signé plusieurs titres fondateurs du jeu de rôle sur PC et console :
- Baldur’s Gate, pilier du RPG sur PC ;
- Neverwinter Nights ;
- Star Wars: Knights of the Old Republic, l’une des adaptations les plus respectées de la licence ;
- les sagas Mass Effect et Dragon Age.
Pour de nombreux joueurs, y compris au Maroc où ces RPG ont marqué toute une génération de joueurs PC et console, BioWare symbolisait une certaine idée du jeu narratif : des choix qui comptent, des compagnons mémorables et des univers riches.
Des années difficiles avant la fermeture
Anthem, un pari raté
Le déclin du studio ne date pas d’hier. Anthem, jeu de tir en service en ligne, a été un échec commercial et critique. Son développement a mobilisé une partie du personnel de BioWare, au détriment des projets narratifs qui avaient fait sa réputation.
Dragon Age: The Veilguard, loin des objectifs
Dernier jeu du studio, Dragon Age: The Veilguard a manqué les objectifs fixés par EA de près de 50 %. Son développement a été chaotique, marqué par des réorientations et des redémarrages, dont un passage temporaire vers le modèle du service en ligne, avant un retour à une formule plus classique.
Mark Darrah, ancien responsable de BioWare, attribue cet échec aux attentes irréalistes imposées par EA. Une lecture qui pointe la responsabilité de l’éditeur plutôt que celle des équipes de développement.
EA sous pavillon saoudien : d’autres coupes à prévoir
La fermeture de BioWare intervient peu après le changement de propriétaire d’EA. Et elle pourrait ne pas être la dernière décision de ce type. Des propos internes de David Tinson, directeur des opérations d’EA, et de Cam Weber, directeur de la stratégie, évoqueraient d’autres suppressions de postes et de projets dans un avenir proche.
Les nouveaux propriétaires envisageraient par ailleurs de fusionner l’éditeur dans une nouvelle entité liée à Scopely, société déjà acquise par l’Arabie saoudite. Rien n’est officiel à ce stade, mais un tel rapprochement redessinerait en profondeur le paysage de l’édition de jeux vidéo. Pour rappel, EA continue parallèlement à relancer certaines licences, comme en témoigne le retour de Fight Night chez EA Sports.
Une industrie toujours sous pression
BioWare n’est pas un cas isolé. Du côté de Microsoft, Xbox prévoirait trois vagues de licenciements d’ici janvier, pour supprimer 3 200 postes avant la fin de son exercice fiscal. Une situation qui s’inscrit dans un contexte plus large de réorganisation chez le constructeur, qui envisagerait aussi de revoir sa politique tarifaire, comme l’illustre la piste d’un Game Pass à la carte.
Ce que cela change pour les joueurs
Concrètement, la fermeture de BioWare signifie :
- l’abandon du prochain Mass Effect, au moins sous sa forme actuelle ;
- l’absence de suite programmée pour Dragon Age au sein du studio qui l’a créé ;
- une incertitude sur l’avenir de ces licences, qui restent la propriété d’EA.
Les droits de Mass Effect et de Dragon Age n’appartenant pas à BioWare mais à EA, l’éditeur pourrait théoriquement les confier un jour à d’autres équipes. Aucune annonce n’a toutefois été faite en ce sens.
Ce qu’il faut surveiller
Plusieurs points méritent l’attention dans les semaines à venir : l’ampleur réelle des nouvelles coupes évoquées en interne chez EA, la concrétisation ou non du projet de fusion avec une entité liée à Scopely, et le sort réservé aux grandes licences de BioWare. Les vagues de licenciements qui seraient prévues chez Xbox d’ici janvier donneront aussi la mesure d’une industrie qui continue de se contracter, au prix de studios aussi emblématiques que celui qui a donné naissance au commandant Shepard.
Source : GamesRadar+




